Je suis une Amazone

Enfin, j’ai pu retourner en terre natale

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APRÈS 10 ANS

Je suis retournée en Afrique après douze ans.

10 ans d’absence qui n’étaient ni un choix ni un oubli, mais la conséquence directe d’une violence moins visible, plus sournoise : celle qui enferme sans barreaux et qui entrave la liberté de circuler, d’appartenir, de transmettre.

Ce retour a réveillé en moi une vérité simple et puissante : l’amour familial ne se limite pas au même patronyme. Il existe des liens plus vastes, plus profonds, qui survivent à l’exil, aux procédures, aux silences imposés. En Afrique, j’ai retrouvé un amour qui ne s’excuse pas d’exister, qui ne négocie pas sa légitimité, qui accueille sans soupçon.

Si je ne suis pas retournée plus tôt sur cette terre, c’est parce que pendant dix ans, je réglais un divorce difficile et violent. Un divorce qui a pris en otage non seulement une femme, mais aussi des enfants. Car il existe plusieurs façons de confisquer la liberté : refuser de signer un consentement de voyage en est une. Se déresponsabiliser, briller par son absence, tout en demeurant le verrou qui empêche toute mobilité, en est une autre.

Cette immobilité forcée est rarement nommée comme une violence. Pourtant, elle prive des enfants d’horizons, de racines, de famille élargie, de mémoire vivante. Elle touche de plein fouet les familles où l’un des parents vient d’ailleurs, et plus encore lorsque cet ailleurs est noir, africain, diasporique.

Une justice pour tous/tes?

On m’a souvent dit que j’aurais pu obtenir justice par les tribunaux. On m’a expliqué ce que la loi permettait, ce que j’aurais dû obtenir. Mais entre le droit écrit et la justice vécue, il y a parfois un gouffre. Je me suis demandé, sans détour : avais-je la couleur qui inspire justice?

Quand une mère noire est constamment décrite comme violente, criminelle, instable, combien de temps faut-il pour que le soupçon l’emporte sur les faits?

L’ironie est brutale.

Car pendant que les récits diffamants circulaient, c’est moi — seule — qui ai élevé trois enfants. Bon temps, mauvais temps. Dans la fatigue, dans la peur, dans la résilience. Même lorsque j’ai connu le feu, ce père n’a pas desserré son mépris, pas pour offrir une poignée d’amour à ses propres enfants, pas pour alléger leur charge émotionnelle.

Le temps, cependant, avance sans demander l’autorisation.

Les enfants grandissent.

L’aîné s’est libéré de cette aliénation par l’âge, par ce seuil légal qui rend enfin la liberté non négociable. Bientôt, les autres suivront. Bientôt, eux aussi pourront aller là où on les a empêchés d’aller.

Ce témoignage n’est pas un règlement de comptes.

C’est une parole politique.

Car empêcher une mère de transmettre une culture, une famille, un territoire affectif à ses enfants, c’est une forme de domination. Et lorsqu’elle est exercée contre des femmes racisées, immigrantes, noires, elle s’inscrit dans une violence systémique plus large, trop souvent minimisée.

Je suis retournée en Afrique.

Et ce retour m’a rappelé ceci : on peut tenter de freiner des pas, mais on ne peut pas arrêter indéfiniment le mouvement de la vérité, ni la force d’une mère qui tient debout pour ses enfants.

Alors je pose la question, non pas dans la haine, mais dans la clarté :

la méchanceté peut-elle avoir pire visage que celui qui prive des enfants d’amour, de lien et de racines, par pur mépris de l’autre parent?

On vous dira que j’ai réussi.

Qu’après dix ans, j’ai trouvé un certain équilibre.

On le dira comme on ferme un dossier, comme on range une histoire dans la case « résilience admirable ».

Mais personne ne vous dira le poids des défis qui se lèvent chaque jour, silencieux et obstinés.

Je ne parle pas de blessures visibles.

Je parle de dommages collatéraux.

De ceux qui ne se mesurent pas, mais qui habitent le corps.

Les doutes qui s’invitent sans prévenir.

Les blessures mentales qui ne saignent pas, mais qui fatiguent.

La peur omniprésente, tapie dans les gestes les plus ordinaires.

Le manque de confiance dans un système qui prétend protéger, mais qui a trop souvent regardé ailleurs.

La surprotection de mes enfants, née non de l’excès d’amour, mais de la mémoire du danger.

Il y a des cicatrices qui ne ferment jamais complètement.

On apprend simplement à vivre autour.

La course à pied me guérit.

Pas parce qu’elle efface, mais parce qu’elle me rend à moi-même.

Chaque foulée remet de l’ordre dans le chaos, chaque respiration élargit l’espace intérieur.

Courir, c’est reprendre le contrôle là où tout m’a été arraché.

Heureusement.

Et je prie — sans grand mot, sans théâtralité —

pour que ma récompense soit l’absence de conséquences sur l’équilibre psycho-affectif de mes enfants.

À ce jour, ça va bien.

Et cette phrase, simple, est déjà une victoire immense.

Puisse cette lumière continuer à nourrir l’esprit de la team bleue.

Bleu comme la résilience.

Bleu comme la vie qui insiste.

Bleu comme l’attitude de l’aigle :

voir loin, s’élever malgré les vents contraires,

et apprendre à voler même après la tempête.

Je lève mon verre à ces 10 ans de brisure, de transformation et de croissance.

L’Amazone, la conférencière du mouvement comme moyen de libération et d’épanouissement et de pleine affirmation de sa valeur.

« Progressez chaque jour avec audace vers vos rêves, refusez les coups
d’arrêt et rien ne pourra vous arrêter. »

E
lvire B Toffa
Accompagnante et stratège en inclusion socioprofessionnelle des personnes issues de l’immigration.
Entrepreneure & Conférencière : 
lamazone.ca
academieamazone.com

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