Je suis une Amazone

Lettre à mon ex belle-mere dans sa tentative dite de renouer avec mes enfants et moi-même.

« Je refuse, non par vengeance, mais parce que protéger ma famille est désormais mon premier devoir. »

Chère Madame,

Elvire et messageJ’ai reçu votre appel et j’ai entendu votre désir de renouer avec mes enfants, vos larmes m’ont même émues.

Cette réponse n’a pas été écrite sous le coup de l’émotion. Elle est le fruit de dix années de reconstruction.

Pendant longtemps, j’ai cru qu’il suffisait de tourner la page. Aujourd’hui, je sais qu’il existe des livres qu’on referme définitivement. Je n’ai pas seulement tourné une page; j’ai changé de livre.

Je choisis la paix.

Je ne peux pas rouvrir un chapitre marqué par la violence conjugale, les interventions de la DPJ, les poursuites criminelles, un divorce destructeur, la violence économique, les procédures judiciaires interminables et la violence qui s’est même étendue jusqu’à mon adolescent alors.

Je ne peux pas exposer de nouveau mes enfants à une histoire qui nous a coûté si cher.

Cette même démarche de réconciliation, Madame, vous l’avez déjà entreprise il y a moins de trois ans. Comme tant de mères qui s’oublient pour le bien de leurs enfants, j’ai encore une fois ouvert la porte. J’ai voulu croire qu’il était possible d’offrir à mes enfants une relation avec leur famille paternelle.

La récompense fut une poursuite criminelle contre mon fils aîné pour des voies de fait sur son grand-père. Ni son géniteur, ni le grand-père ni vous avez opté pour une rencontre pacifique autour de ce jeune homme pour lui procurer de l’aide éventuellement.  Était-ce l’occasion rêvée pour votre époux de se venger finalement de moi en utilisant tous ces mensonges sur mon fils? Incroyable non!

Je n’aurais jamais imaginé vivre une telle épreuve. Malgré tout ce que j’avais déjà traversé, ce fut le coup le plus imprévisible, le plus déstabilisant.

Je me suis retroussé les manches. Comme une mère et comme un bouclier, j’ai protégé mon fils contre chaque attaque, chaque accusation, chaque conséquence.

Aujourd’hui, grâce à Dieu, il va bien. Il s’épanouit dans ses études en techniques ambulancières et il est merveilleusement bien entouré.

Cette histoire est maintenant derrière nous.

Mais à quel prix?

Économiquement.

Énergétiquement.

Physiquement.

J’en porte encore les séquelles.

Je ne peux pas courir le risque que mes autres enfants ou lui aient à revivre une seule parcelle de ce que nous avons vécu.

Ce refus n’est pas motivé par la haine. Il est motivé par la protection.

Je n’ai pas de rancune, mais je n’ai rien oublié.

Je n’ai pas oublié l’abandon de votre fils envers ses enfants.

Je n’ai pas oublié la violence de votre époux.

Je n’ai pas oublié les paroles qui m’ont profondément blessée : « la tache noire de ma famille »« la criss de Négresse ». Ces mots resteront gravés en moi.

Si l’on me demandait aujourd’hui pourquoi autant de haine s’est abattue sur moi, je ne trouverais qu’une seule réponse : la couleur de ma peau.

Car je ne vous ai jamais fait de tort, ni à vous, ni à votre fils.

Mon seul « crime » aura été de demander le divorce après avoir été abandonnée dans mon mariage, après avoir porté seule le poids de trois jeunes enfants, de la maison, des responsabilités, face à un époux absent, démissionnaire et irrespectueux.

Mon autre « crime » aura été de me choisir.

Pour avoir eu le courage de me choisir, j’ai connu une avalanche de violences : psychologiques, économiques, judiciaires, systémiques et raciales.

Oh mon Dieu… que vous m’avez fait souffrir.

Pour mes enfants, j’ai longtemps essayé de devenir sourde à ces humiliations. J’ai voulu croire que l’amour des enfants suffirait à réparer ce qui était brisé. J’ai presque laissé ma santé mentale dans cette bataille.

Puis, j’ai commencé à courir, grâce au livre « le miracle du matin » qui me promettait la libération globale pour me sauver.(…)

La course à pied est devenue mon refuge, mon thérapeute, mon espace de liberté. Marathon après marathon, souvent dans l’anonymat, j’ai laissé chacune de mes foulées m’éloigner de cette histoire.

J’ai écrit un livre (…)

Je donne aujourd’hui des conférences.

Je transforme mes blessures en témoignage d’espérance.

Je cours ma vie.

Guérirai-je complètement un jour? Je ne le sais pas.

Mais je sais une chose : je ne retournerai jamais là où j’ai failli perdre la mienne.

Pendant que certains tentaient encore de me ramener vers ce passé, j’ai choisi d’avancer.

J’ai choisi mes trois enfants.

J’ai choisi notre Team bleue.

Seule.

Entre la précarité, le rejet, l’abandon, la peur et les combats judiciaires, nous avons continué à marcher.

Je suis aussi demeurée célibataire, parce que trop souvent vous êtes allés à la rencontre des hommes que je fréquentais et les moins intelligents ont utilisé vos dires ou cette histoire pour tenter de prendre du contrôle  sur moi. Vous les avez tous rencontré dans l’espoir de monter « des dossiers solides » contre moi. Le dernier en lice a failli s’en prendre à ma vie. Toutes ces tentatives ont échoué, parce que j’ai continué à écouter mes foulées plutôt que ce bruit machiavélique autour de moi.

L’an dernier, lorsque notre maison est partie en fumée, perte totale; où étiez-vous, Madame? Où était votre fils, ses enfants ont failli y laisser leur vie? Pas un appel. Pas un message. Pas un geste. Silence radio. 

Les épreuves révèlent les présences véritables.

Voilà pourquoi je ne peux pas accepter votre demande.

Je comprends vos larmes.

Je comprends votre désir de revoir vos petits-enfants.

Mais je refuse.

Non par vengeance.

Tout le contraire.

Je refuse pour préserver ma famille.

Je refuse pour protéger mes enfants.

Je refuse pour préserver ma santé physique, mentale et spirituelle.

Je refuse parce que notre paix a été bâtie au prix de dix années de souffrances, de combats et de résilience.

Les enfants ont grandi.

Le Maître de l’histoire qui veille sur eux saura placer comme c’est le cas déjà, sur leur route des personnes qui les aimeront avec constance, dans les bons comme dans les mauvais jours. Peut-être ne partageront-elles pas leur sang, mais elles partageront leur cœur.

Je vous demande donc, avec respect, de respecter à votre tour cette décision.

Ne revenez plus troubler la paix que nous avons mis tant d’années à reconstruire.

Avec l’amour d’une mère pour ses enfants.

Paix, paix, paix à vous et votre famille, Madame!

Elvire B. Toffa

La maman de la Team Bleue

« Progressez chaque jour avec audace vers vos rêves, refusez les coups
d’arrêt et rien ne pourra vous arrêter. »

E
lvire B Toffa
Accompagnante et stratège en inclusion socioprofessionnelle des personnes issues de l’immigration.
Entrepreneure & Conférencière : 
lamazone.ca
academieamazone.com

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