Je suis une Amazone

Entre intention et impact: une lettre pour ouvrir le dialogue.

(Lettre pour une maman panthère à une infirmière des urgences, salle de triage B, nous sommes le 21 août 2026, il est 17h30 à Trois-Rivières. Je me fais la critique intercultur’ELLES d’une situation qui a impacté une de mes amazones. J’en fais un sujet de réflexion profonde plutôt qu’un procès. Telle est l’approche d’équité, de diversité et d’inclusion privilégiée à l’académie des amazones.)

………

Madame,

Je vous écris sans connaître votre intention.

Et c’est justement pour cela que je vous écris.

Hier, je suis arrivée aux urgences avec ma fille de 18 mois. J’étais inquiète. Je pleurais. Ma fille refusait de manger et, pendant votre évaluation, elle ne voulait pas que vous la touchiez.

Vous m’avez demandé si elle était toujours comme ça.

Puis vous avez dit et je cite:

« Elle est comme… non, pas un singe, mais un bébé panthère. »

Je suis repartie avec ces mots: Singe et Panthère.

Et je me suis questionnée:

Est-ce que j’ai mal interprété? Est-ce que ma sensibilité, mon histoire ou mon état émotionnel de maman inquiète qui ont influencé ma perception?

Ou est-ce que cette formulation était effectivement maladroite?

Je ne peux pas répondre à votre place.

Je ne connais pas votre intention.

Et je ne veux pas vous en prêter une qui n’était peut-être pas là.

Mais je connais mon impact à moi.

Mon mari qui m’accompagnait, lui plutôt en contrôle de ses émotions a entendu les mêmes mots qui ont résonné de la même façon en lui.(…)

Et le mot « singe » m’a mise mal à l’aise.

Parce que certains mots ne sont pas reçus de la même façon par tout le monde.

Parce que derrière certains mots se trouvent une histoire, des représentations, parfois des blessures collectives.

Pour certaines personnes, une comparaison avec un singe peut être profondément chargée, particulièrement lorsqu’elle concerne une personne noire.

Alors, même si votre intention était simplement de décrire une enfant qui se défendait, l’impact peut être différent de l’intention.

Et c’est là que je crois que nous avons tous quelque chose à apprendre.

Je ne vous écris pas pour vous accuser.

Je vous écris pour vous dire :

« Voilà ce que j’ai entendu. Voilà ce que cela a provoqué chez moi. »

Et peut-être que vous me répondriez : « Ce n’était absolument pas ce que je voulais dire. »

Et cette conversation, à elle seule, pourrait être utile.

Parce que l’inclusion ne peut pas se construire si nous avons peur de parler de nos incompréhensions.

À vous qui accueillez la diversité

Cette lettre vous est aussi destinée.

Vous qui soignez, qui enseignez, qui accueillez, qui travaillez dans nos institutions, qui côtoyez quotidiennement des personnes venues d’ailleurs.

Vous n’avez pas besoin d’être parfaits. Mais vous pouvez être curieux de l’impact de vos paroles.

Vous pouvez demander :

« Comment avez-vous reçu ce que je viens de dire? »

Vous pouvez écouter sans immédiatement vous défendre.

Et parfois, simplement dire :

« Je comprends que vous l’ayez vécu ainsi. Ce n’était pas mon intention. » peut ouvrir une porte immense.

À vous, personnes immigrées et personnes racisées, cette lettre est aussi pour vous.

Lorsque quelque chose vous dérange, vous avez le droit de vous arrêter et de vous demander :

« Qu’est-ce qui vient de se passer? »

Vous avez le droit de questionner. Vous avez le droit de dire :

« Cette phrase m’a mise mal à l’aise. Pouvez-vous m’expliquer ce que vous vouliez dire? »

Sans nécessairement accuser. Sans nécessairement vous excuser. Sans immédiatement conclure à une intention malveillante.

Oser exprimer une incompréhension, ce n’est pas créer un conflit.

C’est parfois créer une occasion de rencontre, parce que l’inclusion demande du courage des deux côtés.

Le courage de celui qui parle pour être plus attentif à l’impact. Et le courage de celui qui reçoit pour oser demander, comprendre et nommer ce qui le dérange.

Madame,

Je ne sais toujours pas ce que vous vouliez dire. Mais je sais que cette phrase m’a fait réfléchir.

Et finalement, peut-être que votre « bébé panthère » m’a offert une belle métaphore.

Parce que ma fille est une petite panthère.

Elle se défend, connaît ses limites, a une voix. Et moi, je suis sa maman, une maman panthère, une maman qui protège.

Mais aussi une maman qui veut apprendre à mieux comprendre l’autre.

Je ne cherche pas ici un coupable, je cherche un espace de dialogue. Parce qu’entre l’intention et l’impact, il existe parfois un écart.

Et dans cet écart, il y a une occasion extraordinaire : celle de se rencontrer. Alors, peut-être que la prochaine fois que nous nous croiserons, nous pourrons nous parler.

Vous pourrez m’expliquer votre intention. Et moi, je pourrai vous parler de mon impact. Sans accusation, sans défense, sans biais, avec curiosité, avec humanité.

Avec cette conviction que l’inclusion ne consiste pas à ne jamais faire d’erreur. Elle consiste à pouvoir en parler lorsqu’une rencontre nous révèle quelque chose que nous n’avions pas vu.

Et si nous apprenions à faire de nos malentendus non pas des murs, mais des ponts?

Entre intention et impact, il y a une conversation.

Et parfois, l’inclusion commence simplement par le courage de l’avoir.

Avec respect,

Une maman panthère. 

(Aux urgences à Trois-Rivières, salle de triage B, nous sommes le 21 août 2026, il est 17h30. Cette lettre est l’initiative de ma coach à l’A2 à qui j’ai partagé mon histoire.)

……….

J’ai préféré écrire en ces termes et essayé de faire remonter la lettre à l’infirmière car par expérience, j’ai rencontré plusieurs infirmières aux urgences pour le compte de mon travail d’intégration auprès des étudiants (es) internationaux et elles ont été toutes tellement accueillantes et professionnelles. J’ai l’exemple d’une qui a plusieurs reprises sans m’avoir jamais vue en vrai m’a appelée par les coordonnées de notre organisation le RAAM, pour me parler d’une de ses patientes femmes de la diversité ethnoculturelle, qui a sa sortie d’hôpital aurait besoin d’un groupe pour briser son isolement. Une autre m’a appelée pour parler à une patiente nouvelle arrivante et nouvellement mère sans réseau d’entraide etc(…) Une autre encore s’inquiétait pour une jeune patiente immigrée qui ne voulait parler à personne qu’en présence d’une personne référence d’un sujet de famille assez sensible(…) ça été moi.

Honnêtement, je ne compte plus les démarches humaines d’infirmières, de travailleuses sociales et même de médecins aux urgences pour des patientes immigrants(es) et sans repères ni réseau à Trois-Rivières.(…) Ensemble on en a aidé pas mal de filles et de femmes.
 
Voilà pourquoi, face à cet dilemme intention vs impact que m’a raconté mon académicienne, j’ai opté pour la solution de dialogue et d’éducation des deux bords.
 
Une démarche qui selon mon humble approche d’intégration dynamique par le mouvement prônée par l’A2 où est accompagnée la maman Panthère, le Moi Inc précède toute initiative viable, durable et utile à toute la communauté.
 
J’espère que l’infirmière lira cette lettre et pourra me contacter et rencontrer la maman pour un café intercultur’elles entre deux femmes, peut-être deux mères, deux humaines simplement.
 
Merci maman Panthère pour ta grande confiance et ta capacité de self-contrôle et de demander de l’aide et conseils. C’est un honneur et un privilège pour moi de t’accompagner à l’A2. Sans oublier ton mari , ce soutien remarquable dans ta démarche. Et ta petite adorable féline qui à notre première rencontre pour l’A2 avait été ainsi avec moi mais aujourd’hui, m’offre  des sourires et regards de tendresse même en visioconférence.
 
Respect à toi, chère Amazone!
Tout cela contribuera à bâtir ton Moi Inc, comme mère, épouse, professionnelle, entrepreneure et citoyenne consciente de sa valeur intrinsèque et qui agit à la mesure de cette valeur ni plus ni moins.
 
Un peu plus haut , un peu plus loin, 

ensemble.

Affiche Maman Panthère

« Progressez chaque jour avec audace vers vos rêves, refusez les coups
d’arrêt et rien ne pourra vous arrêter. »

E
lvire B Toffa
Accompagnante et stratège en inclusion socioprofessionnelle des personnes issues de l’immigration.
Entrepreneure & Conférencière : 
lamazone.ca
academieamazone.com

Retour en haut