Lettre ouverte à Karine Charpentier Lafontaine
(Initiatrice d’un live avec des propos racistes et misandriques envers les hommes immigrés noirs et arabes)
Karine,J’ai pris connaissance de ton message d’excuses à la suite de la diffusion de ton live « pompette » comme tu le caractérises, grâce à un de mes étudiants international outré par la vidéo et certains commentaires en soutien à ta besogne.
Tu évoques l’alcool, des « blagues de mauvais goût » et des extraits sortis de leur contexte. Mais l’alcool n’invente pas des propos racistes. Il enlève simplement les filtres. Insulter des immigrants noirs et arabes puis tenter de transformer cela en débat légitime sur l’immigration ne change pas la nature des paroles prononcées.
Oui, il est sain dans une démocratie de débattre des politiques d’immigration, d’intégration et des enjeux sociaux. Mais ce débat doit se faire avec rigueur, avec des faits et surtout avec respect. Associer immigration, ghettos, insécurité ou criminalité de manière généralisée alimente des peurs et des divisions plutôt qu’un dialogue constructif.
L’idée selon laquelle les immigrants seraient « privilégiés » par rapport aux Québécois de souche est également une perception largement répandue mais rarement appuyée par les faits. Les programmes d’intégration existent parce que les nouveaux arrivants doivent surmonter des obstacles importants : reconnaissance des diplômes, accès au marché du travail, adaptation linguistique et culturelle. Malgré cela, ils travaillent, paient des taxes, élèvent leurs enfants ici et participent activement à la société québécoise.
Mais au-delà de ces arguments, ton intervention touche aussi un autre enjeu fondamental : la dignité des femmes dans l’espace public. Au Québec, des générations de femmes se sont battues pour que leur voix soit respectée, entendue et porteuse de responsabilité. Réduire la parole publique d’une femme à l’alcool, à la cigarette et à des grossièretés dirigées contre d’autres communautés ne fait pas avancer ce combat. Au contraire, cela en biaise les efforts et donne une image affligeante de ce que devient la parole lorsqu’elle perd sa dignité.
Dans cette vidéo, ce qui a été présenté n’est pas le visage des femmes québécoises. C’est plutôt une ébauche triste d’une parole publique qui a perdu sa mesure, sa responsabilité et sa féminitude.
Le Québec que nous aimons est plus grand que la peur et les divisions. C’est un peuple qui a lui-même connu l’exclusion, la lutte pour sa langue et pour sa reconnaissance. Et c’est précisément pour cela qu’il doit rester fidèle à ses valeurs de justice, de respect et de solidarité.
Rappelons-nous les mots de René Lévesque :
« Québécois est un nom qui unit tous ceux qui sont nés au Québec ou qui y vivent.
Il relie les diversités culturelles, linguistiques et religieuses. C’est la marque d’appartenance à un peuple, à une terre. »Le Québec n’appartient pas à une seule origine. Il appartient à toutes celles et ceux qui le bâtissent avec respect, dignité et responsabilité.
Les mots ont un poids. Ils peuvent blesser, diviser ou élever une société. Choisissons ensemble de construire plutôt que d’abaisser.
Pour un Québec digne, inclusif et rassembleur,
Elvire.
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« Progressez chaque jour avec audace vers vos rêves, refusez les coups
d’arrêt et rien ne pourra vous arrêter. »
Elvire B Toffa
Accompagnante et stratège en inclusion socioprofessionnelle des personnes issues de l’immigration.
Entrepreneure & Conférencière :
lamazone.ca
academieamazone.com