Je suis une Amazone

Lettre à la femme immigrée à qui on a dit que la maladie mentale…

Lettre à la femme immigrée à qui on a dit que la maladie mentale, la dépression était une chose de l’homme Blanc)

(Alors qu’une jeune mère en détresse depuis le Cameroun à mis fin à ses jours et à ceux de ces trois petits, j’ai souhaité écrire ces quelques lignes à nous qui sommes encore là et à qui on a parfois dit que la dépression était une chose de l’homme Blanc) 

Ma sœur,

C’est avec le cœur lourd et empreint de tristesse et de compassion que je te formule ces lignes à toi, à moi qui sommes encore de ce monde.

On t’a dit que la maladie mentale n’existait pas chez nous.
Qu’elle était une invention étrangère.
Qu’elle appartenait à d’autres réalités, à d’autres cultures, à d’autres fragilités.

On t’a dit que les femmes comme toi étaient fortes.
Que tu avais traversé trop de choses pour “craquer”.
Que tu devais prier davantage. Te taire davantage. Endurer davantage.

Alors tu as porté.
Tu as porté l’exil.
Tu as porté le déracinement.
Tu as porté les attentes.
Tu as porté les silences.
Tu as porté les traumatismes sans jamais les nommer.

Et parfois, tu as cru que cette fatigue profonde était une faiblesse.
Que ces nuits sans sommeil étaient un manque de foi.
Que ces larmes sans raison étaient une défaillance de ton caractère.

Mais laisse-moi te dire une vérité essentielle :

Tu n’es pas faible. Tu es humaine.

Ce que tu ressens a des racines. Des causes réelles. Profondes. Légitimes.

Il y a l’exil, qui fracture l’âme autant que la géographie.
Quitter sa terre, ses repères, sa langue, ses odeurs familières, ce n’est jamais neutre.

Il y a la solitude, même entourée.
Parce que personne ne voit vraiment le poids invisible que tu portes.

Il y a le racisme, parfois subtil, parfois brutal, qui te force à prouver sans cesse ta valeur.

Il y a la charge mentale d’être mère, pilier, modèle, survivante.

Il y a les traumatismes anciens, ceux de l’enfance, de la migration, des violences tues.

Il y a aussi le manque d’aide, de présence, de soutien du mari.
Cette solitude à deux qui épuise plus que la solitude seule.
Car le mariage ne doit jamais être un lieu de survie, mais un lieu de vie.

Et si ton environnement est toxique, aliénant ou violent, sache ceci : tu as le droit, et parfois le devoir, d’avoir le courage de partir.
Car le mariage, ta maison, doivent être le premier lieu d’épanouissement et de santé globale, et non un espace de peur, de silence ou d’effacement.

Comme le disent nos ancêtres :
« Là où on s’aime, il ne fait jamais nuit. »

L’amour véritable ne diminue pas. Il élève.
Il ne brise pas. Il construit.
Il ne fait pas taire. Il libère.

Il y a aussi cette pression d’être forte. Toujours forte. Même quand tu es brisée.

Et il y a ce silence culturel qui t’a appris que souffrir en silence était une forme de dignité.

Mais la dignité, ma sœur, ce n’est pas de souffrir seule.
La dignité, c’est de se choisir.

Consulter un psychologue ne te rend pas moins forte.
Cela fait de toi une femme qui refuse de se perdre.

Parler ne trahit pas tes origines.
Cela honore ta survie.

Guérir ne t’éloigne pas de ta culture.
Cela te rapproche de toi-même.

Et surtout, il y a des gestes que tu peux poser dès maintenant, en amont, pour protéger ton esprit comme tu protèges ton corps :

Apprends à nommer ce que tu ressens, sans honte.
La tristesse n’est pas un échec. L’anxiété n’est pas un défaut.

Entoure-toi de femmes qui comprennent ton histoire.
La guérison aime la communauté.

Autorise-toi le repos, sans culpabilité.
Tu n’as pas besoin de t’effondrer pour mériter de t’arrêter.

Exprime-toi. Écris. Parle. Pleure. Crée.
Ce qui sort ne te détruit pas. Ce qui reste enfermé, oui.

Et si nécessaire, cherche de l’aide professionnelle.
Non pas parce que tu es incapable.
Mais parce que tu es précieuse.

Tu n’as pas traversé des océans pour te perdre en silence.

Tu as le droit d’être forte.
Mais tu as aussi le droit d’être soutenue.

Tu as le droit d’être pilier.
Mais tu as aussi le droit d’être portée.

Ta santé mentale n’est pas une faiblesse culturelle.
C’est une responsabilité sacrée envers toi-même.

Tu n’es pas seule.
Tu ne l’as jamais été.

Avec respect, douceur et vérité,

Une sœur qui comprend

L’Amazone Elvire 

« Progressez chaque jour avec audace vers vos rêves, refusez les coups
d’arrêt et rien ne pourra vous arrêter. »

E
lvire B Toffa
Accompagnante et stratège en inclusion socioprofessionnelle des personnes issues de l’immigration.
Entrepreneure & Conférencière : 
lamazone.ca
academieamazone.com

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